Les 4 solutions de l’ADEME pour une entreprise industrielle bas carbone et compétitive

Investir dans la décarbonation de son entreprise industrielle peut être complexe : méconnaissance technique des projets, exigences payback courts, difficulté à trouver un montage financier adapté… Autant d’enjeux auxquels se heurtent les décideurs financiers de l’industrie.

Cyrielle Borde, ingénieure au service Industrie de l’ADEME (Agence De L’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie), livre des conseils concrets pour investir dans des projets d’efficacité énergétique et bas carbone de façon stratégique et rentable.

Q : Pourriez-vous nous en dire plus sur la transition énergétique dans l’industrie, et en quoi investir dans ce domaine peut-il constituer une opportunité pour le secteur ?

« Chaque procédé industriel peut être alimenté par au moins une technologie EnR&R (énergies renouvelables ou de récupération). Certaines solutions deviennent aussi compétitives que les énergies conventionnelles.»

Les projets de transition énergétique sont de véritables opportunités technico-économiques pour les industriels. En effet, 2/3 du potentiel d’économies d’énergie du secteur industriel repose sur des solutions éprouvées donc directement accessibles pour les industriels. 

L’énergie la moins coûteuse étant celle qu’on ne consomme pas, il est d’abord essentiel d’investir dans son efficacité énergétique. C’est une solution clé pour diminuer ses coûts énergétiques facilement, et de nombreux outils sont mis à disposition des industriels pour les appuyer dans cette démarche (audit énergétique, système de management de l’énergie ISO 50 001, formation des référents énergie via PRO REFEI, etc.). 
Le deuxième levier est la récupération de chaleur fatale. Aujourd’hui, l’équivalent de 36% de la consommation en combustible de l’industrie (dont la moitié à plus de 100°C) est perdue et inutilisée. Les investissements dans la récupération de cette chaleur « gratuite » sont donc très rapidement rentables et permettent d’améliorer significativement la compétitivité de l’outil de production.

L’industriel peut ensuite passer à des solutions plus ambitieuses de production d’énergies renouvelables, permettant ainsi de préserver l’entreprise de l’instabilité du prix des énergies fossiles et d’anticiper l’impact à venir de la Contribution-Climat-Energie, tout en limitant son empreinte carbone. Une étude récente de l’ADEME a montré que chaque procédé industriel peut être alimenté par au moins une technologie EnR&R, et qu’en particulier le bois énergie et le solaire photovoltaïque en autoconsommation deviennent aussi compétitifs que les énergies conventionnelles.   Il peut être intéressant économiquement de profiter d’une stratégie de remplacement des équipements pour intégrer ce type de réflexion.

Adopter une démarche progressive, en agissant d’abord sur la réduction de ses consommations par l’efficacité énergétique et la récupération de chaleur, avant de passer le cap du renouvelable

Q : La question du financement est souvent évoquée comme un frein à la mise en place de projets d’efficacité énergétique et bas carbone. Comment l’expliquez-vous et quelles sont les solutions ?

Il est vrai que les financements industriels pour le climat stagnent depuis quelques années (selon l’I4CE, 1,2 milliards d’euros ont été investis en 2018 en France, ndlr.). 

Les industriels ont parfois des difficultés à mobiliser les CAPEX (dépenses d’investissement) nécessaires en autofinancement, et ils utilisent encore peu la solution du tiers financement notamment à cause du manque de confiance et d’échanges avec leurs banquiers. De plus, un industriel qui envisage le tiers financement peut avoir du mal à trouver une offre financière adaptée à ses problématiques. 

Il est donc nécessaire que les acteurs financiers internes et externes à l’industrie se parlent davantage et arrivent à se faire confiance. Il faut aussi qu’ils soient formés pour mieux comprendre les montages financiers possibles et pour que des offres ciblées et claires, adaptées aux besoins des industriels, émergent.

C’est la raison d’être du programme INVEEST que l’ADEME porte avec Greenflex. Il a pour but de faire monter en compétence les acteurs financiers dans l’industrie sur le financement de projets d’efficacité énergétique et bas carbone.

Se former sur les enjeux du financement des projets d’efficacité énergétique et bas carbone

Envisager l’ensemble des solutions de financement dont le tiers financement, et échanger avec son banquier

 Q : La question des subventions revient régulièrement dans les débats comme étant un sujet assez complexe et opaque. Or, c’est un levier pour faciliter le financement de projets. Comment les industriels peuvent-ils y voir plus clair dans les dispositifs de subventions ?

En effet, les subventions sont un vrai plus et peuvent être très incitatives. Elles sont distribuées par différents acteurs sur le territoire.

En amont de l’investissement, l’ADEME peut aider les industriels en cofinançant des études (audits énergétiques globaux ou spécialisés, études de faisabilité, …) voire en accompagnant les industriels dans la construction d’un système de management de l’énergie. 

« Nous pouvons financer jusqu’à 45% des investissements dans les énergies renouvelables, avec un bonus de 20% pour les PME. »

Au niveau national, le dispositif des CEE pour les projets d’efficacité énergétique est aujourd’hui bien maîtrisé par les industriels, qui mettent maintenant en concurrence les acteurs pour obtenir la meilleure offre. 

L’ADEME propose également des aides à l’investissement via le Fonds Chaleur pour les projets de récupération de chaleur ou d’énergies renouvelables. Nous pouvons par exemple financer jusqu’à 45% des investissements sur les énergies renouvelables avec un bonus de 20% pour les PME. Par ailleurs, la récente ouverture du dispositif CEE aux industriels soumis à la directive ETS (quotas CO2) ainsi que la possibilité de cumuler les aides ADEME Fonds Chaleur et CEE, va permettre nous l’espérons, de démultiplier les projets de performance énergétique dans l’industrie. 

Des acteurs régionaux tels que la Banque des Territoires, les conseils régionaux ou les guichets Usine du futur proposent aussi des aides qui sont moins évidentes à identifier car non spécifiques à la performance environnementale, mais peuvent contribuer à améliorer la compétitivité des sites industriels.

Je comprends donc que les industriels soient perdus avec ce millefeuille de subventions sans guichet unique ! Je leur conseille de prendre contact avec leur Direction Régionale de l’ADEME, qui pourra les aiguiller sur les solutions les plus adaptées.

Faire appel à des subventions, en se rapprochant d’acteurs régionaux comme l’ADEME pour bien comprendre le panel d’offres

Retrouvez l’ensemble des aides distribuées par l’ADEME en vidéo.

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